Me voici de retour sur la blogosphère après un mois d'absence pour cause de déménagement. Pendant un mois, je n'ai pas eu trop le temps de coudre et de tricoter, mais j'ai eu le temps de lire. C'est donc avec une rubrique littéraire que je décide de revenir et le livre d'Elsa Osorio, auteure argentine, Tango, Coll. "Points" Seuil, 2008, (Métaillié, 2007), 542 p.

couv_596_4

Tango est un superbe roman, écrit à la manière d'un feuilleton qui nous transporte au temps des débuts du tango, au début du siècle dernier en Argentine. L'histoire commence à Paris, au Latina Café. Luis, un argentin, réalisateur de documentaires, de passage à Paris, invite Ana, journaliste née à Buenos Aires à danser un tango. Ces deux passionnés de danse découvrent qu'ils ont une histoire commune. Leurs aïeux croisaient déjà leurs pas au rythme du tango. Ils décident d'en faire un film. C'est ainsi que l'auteur nous ramène à la fin du XIX siècle, en 1897, à une époque où le tango était interdit, pour une saga familiale où les protagonistes de deux familles ont un lien très fort avec cette danse, qui les unit, les oppose et les déchire. Le récit est ponctué par les interventions (signalées en italiques) des aïeux retirés à Tango, sorte de paradis des danseurs, entraînant ainsi de multiples ruptures narratives qui peuvent dérouter le lecteur. Mais le livre ne perd rien de son côté passionnant, l'auteur danse avec les mots et nous entraîne dans une milonga envoûtante, dans l'histoire du tango et l'histoire de l'Argentine.

BDSM_et_Tango

Tango, p. 15 :

"Anna s'est guérie de son tango noir, cette sorte de fièvre qui l'a saisie pendant des mois, cette impossibilité d'arrêter avant d'obtenir le pivot exact, le voleo raffiné, la cadence parfaite. Maintenant, simplement le plaisir de la musique et la main de Pascal dans son dos qui marque ces ochos en arrière, puis un giro complet, avec planeo.

Ana aimerait qu'un homme la conduise dans la vie comme Pascal dans le tango. Un jour, elle l'a dit à son père, et celui-ci a répondu : tu devrais épouser Pascal, alors. Pascal ?  a ri Ana. Quelle idée ! Il avait été son professeur à Montrouge, mais il y a longtemps déjà qu'Ana est à son niveau. Nous nous admirons, mais rien de plus papa, a-t-elle expliqué. C'est évident, mais son père ne comprend rien au tango, peut-être parce qu'il est argentin, ou à cause de son histoire avec l'Argentine.

Et elle, elle le comprend ? Maintenant que le danser a pris une proprtion normale dans sa vie, peut-être que oui. Mais combien de fois s'est-elle demandé quel sens pouvait avoir cette course folle dans laquelle ell s'est lancée quand elle a décidée de renoncer aux cours de tango qu'on lui avait proposés à l'université et de prendre d'autres chemins. Son premier prétexte avait été de faire des recherches sur les rôles de l'homme et de la femme en jeu dans le tango d'aujourd'hui. Elle ne pourrait le comprendre sans faire elle-même des incursions dans les différents milieux, le danser lui apporterait d'autres éléments, s'est-elle mentie pendant un temps. mais ce n'est pas cete essai, en fin de compte elle n'a jamais écrit, qui l'a menée de professeur en professeur, de cours en pratique, d'un bal à l'autre, l'après-midi, le soir, un salon, un cabaret, une école de danse, un stage à Toulouse, un autre à New-York. Il était si difficile de franchir le rideau qui sépare la pratique des débutants de celles des avancés, mais Ana ne s'arrêterait pas avant de monter dans ce qu'elle avait alors commencé à appeler "la hiérarchie du tango", avec le grand sourire que cettte expression faisait naître en elle, et la conscience de cet acharnement aussi absurde qu'inévitable à vouloir devenir une bonne partenaire des grands, des vrais danseurs de tango, des milongueros."